Dans un village de la Manche, dont je ne veux pas me souvenir le nom, il y a encore peu de temps vivait un hidalgo, de ceux qui vivent avec avec lance au râtelier et bouclier antique, rosse efflanquée et lévrier de chasse.

C’est ainsi que commence le Don Quichotte, que je vais laisser se présenter lui-même, en musique.

Ai-je choisi de parler de Don Quichotte ce soir uniquement parce qu’il se veut chevalier ?
Non. J’ai eu envie  de le faire venir parmi nous pour toutes les questions qu’il nous pose.

  • Héros  ou Anti-héros  ?
  • Personnage ambivalent qui nous interpelle dans un itinéraire maçonnique chevaleresque également ambivalent. Avec tous ces rites chevaleresques qui s’épanouissent pour séduire les nobles après le discours de Ramsay, aux affirmations historiques discutables.
  • Le personnage de Don Quichotte me semble également intéressant car il est à la croisée de deux monde, comme nous le sommes peut-être.
    Ses aventures marquent la fin du monde médiéval et le triomphe de la Renaissance.
  • Mais surtout il incarne, et c’est pour cela qu’il a pris une dimension mythique, la dualité déchirante de l’utopie et du réalisme, des croyances et de la raison.
  • Il est parti sur la route pour vaincre les ennemis du bien n’a finalement vaincu que ses chimères. Mais c’est déjà pas mal, n’est-ce pas ? :

Avant d’aller plus loin, un bref retour sur l’époque, l’auteur et l’œuvre.

LE CONTEXTE

Cervantes écrit le 1er tome du Quichotte en 1605.

L’Espagne vit ce qu’on a appelé le siècle d’or: effectivement, l’or arrive à flots des colonies sud américaines, la vie culturelle et artistique est foisonnante.  Mais le pays s’enfonce dans une inexorable décadence économique.  Les Habsbourg ayant purgé la société des  éléments qui avaient participé à son développement par leur maîtrise de la science et de l’agriculture : les juifs puis les  maures.

L’Espagne ultra catholique s’érige à grands frais en championne de la lutte contre l’hérésie. L’inquisition fait règner la peur dans le corps social. .

Cervantès

Né en 1547. Mort en 1616, juste 1 an après la publication du second tome de Don Quichotte

Ni docte, ni autodidacte, Cervantès est un homme qui a appris à part égale dans la vie et dans les livres.  il a approfondi ses humanités auprès d’un célèbre érasmiste.

Jamais il ne réussit à vivre de sa plume. Donc, il consacre la plus grande partie de son existence à gagner sa vie, tout en lisant et en écrivant insatiablement.
Il fut tour à tour courtisan en Italie, soldat en Sicile  et en Tunisie, prisonnier à Alger. De retour en Espagne il continue à chercher prébendes et expédients pour entretenir sa famille, au gré des opportunités.
Il a donc connu à la fois les cours et les cachots,  les auberges et les palais, l’exil et le retour, la route et le foyer. Il a participé en soldat à la fameuse bataille de Lépante, où il a perdu l’usage d’une main.

Homme typique de la Renaissance, Il est contemporain de Rabelais, Montaigne, Shakespeare.

Don Quichotte

Don Quichotte, modeste hidalgo de Castille, a trouvé refuge dans la lecture effrénée des livres de chevalerie. Il s’en est si bien gavé qu’il a le cerveau tout embrumé de ses idoles humaines, Amadis de Gaulle et autres chevaliers médiévaux.  Les romans de chevalerie ont passionné les précédentes générations : on dit que Charles Quint, la future Sainte Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola les lisaient avec avidité.

Don Quichotte s’identifie à tel point à ses héros qu’il part sur les routes pour accomplir les exploits et missions du chevalier errant, figure typique de l’imaginaire chevaleresque.

Le roman présente 2 tomes, écrits avec 10 ans d’écart :

Le tome 1, publié en 1605, est  le plus connu.
Après une 1ère sortie de quelques jours seul,  Don Quichotte part une seconde fois sur la route, avec Sancho.
Ce tome constitue une satire appuyée des romains de chevalerie : cérémonie grotesque d’adoubement dans la cour d’une auberge, choix d’une dame de cœur dans la personne d’une jeune laboureuse qu’il prend pour une noble princesse ; lutte contre les moulins à vent confondus avec des géants maléfiques, correction d’un patron abusif, combat contre des bénédictins, imaginaires détrousseurs.
Chaque aventure se solde par des  rouées de coups sur le malheureux chevalier et son écuyer.

Dans le courant du XVIème siècle, la mode de romans de chevalerie  commençait à passer. Cependant les exploits de tous ces personnages étaient encore très présents dans les mémoires. Aussi, les aventures de Don Quichotte ont été saluées par un immense éclat de rire et ont connu un succès foudroyant. Deux mois après la sortie de l’ouvrage, l’éditeur dut mettre en chantier une seconde édition, et des éditions pirates se multiplièrent.

On en faisait des lectures publiques dans les villages, et ce personnage devint familier, même aux analphabètes, car il figura dans les cortèges, les mascarades, les ballets, et en fut très vite, l’attraction la plus prisée. Désormais, le nom de l’ingénieux hidalgo avec sa silhouette efflanquée, associée aux formes épanouies de son écuyer, était connu de tous.

Dans cette première partie, Don Quichotte est maître de sa propre épopée ; à mesure qu’il se forge son identité, il invente son propre monde : le château, les géants, Dulcinée, etc.…

En revanche, dans la seconde partie, publiée 10 ans plus tard, Don Quichotte et Sancho vont parcourir un monde peuplé de gens qui les connaissent puisqu’ils les ont lus. On les reconnaît, on les salue, on les accueille, on les interroge sur tel ou tel point obscur de leur histoire, on joue le jeu avec eux.
Les voici donc, chacun pour son compte, transformés en lecteurs de soi-même. C’est une vraie trouvaille littéraire.
Don Quichotte ne transforme plus les choses. Ce sont les circonstances ou les autres qui fabriquent un univers à la mesure de ses exploits ou de ses désirs. C’est dire que la plupart des épisodes de cette seconde partie sont le récit des mystifications, des burlas, dont notre pauvre chevalier sera victime.

On le trompe, on le manipule, soit pour faire rire, soit pour le faire revenir à la maison. Sancho se voit confier une fausse responsabilité de gouverneur, qu’il assume avec un grand bon sens et qui remplit son escarcelle. Le chevalier remporte bien quelques victoires mais peu à peu ses illusions s’effritent.

Au delà, de la parodie chevaleresque, le roman constitue une plongée tout à fait réaliste et d’une grande liberté, dans le monde du peuple et de la petite noblesse de Castille. Le courage de l’écrivain tient plus à cet aspect qu’aux performances de son héros. C’est ce qui fait l’étonnante modernité de l’œuvre, qui marque une date essentielle dans l’histoire du roman.

QUELLES REFLEXIONS peut nous inspirer cette œuvre ?

J’ai identité 3 axes, mais il y en a certainement beaucoup d’autres :

  1. L’idéalisme et ses limites
  2. L’engagement
  3. La résolution de nos dualités internes.

1 L’idéalisme et ses limites

Vieux, laid, pauvre, c’est un antihéros qui  prend la route avec sa misérable Rossinante, son pauvre attirail qui lui vaut le surnom de chevalier à la triste figure. Sa folie idéaliste lui fait prendre les moulins pour des géants, les outres pour des armées, les péripatéticiennes pour des gentes demoiselles; il en fait tant, avec un tel aveuglement « militant » qu’il s’en prend aux innocents, délivre ceux qui sont libres, accusent ceux qui le protège. Bref, il en fait trop et fait tout de travers.

Son excès d’idéalisme l’empêche d’agir sur le monde, car il lui fait perdre à la fois ses propres limites et tout esprit critique. Puis, chemin faisant, à coups de blessures physiques et morales, le fou furieux se calme : sur le route, Don Quichotte fait l’épreuve de la réalité, il perd une à une ses illusions, jusqu’à confesser à l’heure du dernier retour dans son village : « Je ne suis plus Don Quichotte de la Manche, mais Alonso Quijano dit le Bon. Je suis ennemi d’Amadis de Gaulle et de toute sa lignée; les histoires profanes de chevalerie errante me sont odieuses. Je connais ma sottise et le danger que leur lecture m’a fait courir et maintenant je les abomine. »

A travers Don Quichotte, mais aussi à travers les nombreux paradoxes de son œuvre, Cervantès nous enseigne l’importance de la distance, de la relativité, du sens critique, de la mesure. Nous y voyons le douloureux apprentissage de l’humain, à la croisée du blanc et du noir, sur le fil où le funambule se métamorphose parfois en sage.

Voici un épisode intéressant où le chevalier finit par donner une leçon de bon sens à son écuyer. Don Quichotte et Sancho rencontrent en chemin une petite troupe armée : les hommes d’un village qui veulent se venger des moqueries du village voisin.
Sancho a voulu apporter sa propre leçon, il a été roué de coups et son maître s’est dérobé. Quand ils ne retrouvent, Sancho se plaint d’avoir été lâché :

À la male heure vous vous êtes pris à braire, Sancho. Où donc avez-vous trouvé qu’il était bon de parler de corde dans la maison du pendu ? À musique de braiment quel accompagnement peut-on faire, si ce n’est de coups de gaule ? Et rendez grâces à Dieu, Sancho, de ce qu’au lieu de vous mesurer les côtes avec un bâton, ils ne vous l’ont pas fait avec une lame de cimeterre.

Je ne suis pas en train de répondre, car il me semble que je parle par les épaules. Montons à cheval et éloignons-nous d’ici. J’imposerai désormais silence à mes envies de braire, mais non à celles de dire que les chevaliers errants fuient, et laissent leurs bons écuyers moulus comme plâtre au pouvoir de leurs ennemis.
Se retirer n’est pas fuir, répliqua don Quichotte, car il faut que tu saches que la valeur qui n’est pas fond
ée sur la base de la prudence s’appelle témérité, et les exploits du téméraire s’attribuent plutôt à la bonne fortune qu’à son courage. Aussi, je confesse que je me suis retiré, mais non pas que j’ai fui.

C’est tout de même un comble d’entendre le chevalier donner à son écuyer une leçon de prudence, dans le tome 2.

La question que nous nous posons en lisant ce roman est de savoir où placer le curseur entre idéalisme et matérialisme.
Faut-il consacrer sa vie à la défense d’un idéal et jusqu’où ? Le justicier mort ou emprisonné ne peut agir sur le monde. Mais, à l’inverse, celui qui comme Sancho vit au rythme de ses instincts et de ses émotions, parle le langage codifié et étroitement moralisateur de la sagesse  populaire ne peut non plus agir sur le monde.

Nous avons 2 outils en main au troisième ordre : le glaive et la truelle.
La problématique qu’ils nous posent ne se situe pas au premier degré : combattre et construire. Toutes les églises, toutes les idéologies, toutes les tyrannies savent très bien le faire.
Notre choix est plus subtil :
D’un côté, qu’est-ce que je refuse , qu’est-ce que je combat et jusqu’où ?  et avec quels moyens ? Il m’est arrivé, dans un cercle proche, d’entendre des propos inacceptables, et je me suis tue, au motif d’être la maîtresse de maison. Il m’est arrivé aussi de mettre dehors des invités tenant des propos inacceptables, en répondant à la violence de la parole par la violence de l’action.  Aucune de ces solutions n’est bonne. Combattre sans laisser ses émotions prendre le dessus est un très long travail. Combattre sans violence de même.
Le premier pas est peut-être simplement de refuser indifférence : « Indignez-vous ». Le cri de Stéphane Hessel fin 2010 a été entendu… et peut-être oublié !

À l’inverse, je m’interroge aussi sur le maniement de la truelle : c’est un outil de finition. On lisse et on aplanit, le nez contre le mur. Au risque d’oublier l’œuvre dans sa globalité, de se perdre dans les détails, de manquer de recul. Au risque aussi d’oublier que le rugueux est aussi précieux que le lisse.

2. L’engagement

Don Quichotte perd pied, étouffé par ses croyances et il lui faut une série impressionnante d’épreuves, douloureuses, pour reprendre de la lucidité.

Le 3ème ordre nous interroge aussi sur la nature de notre engagement :
tout commence par un songe –univers des croyances.
Puis vient l’action avec le chemin du retour et le combat du pont.
Puis la réflexion : les chevaliers du Temple n’ont plus de Temple. De quel univers sont-ils les gardiens ? Quels secrets se transmettent-ils ?

Don Quichotte est incapable d’accepter son temps, d’accepter les circonstances, de s’accommoder des mœurs du jour, mais à quoi veut-on qu’il s’adapte?
À un monde où triomphent les muletiers, les marchands ? Où ne règne pas d’autre loi que celle de l’intérêt ? Où les hommes se contentent de deux choses: leurs affaires et leurs plaisirs. S’il laisse le jeune Andrés attaché à son arbre et fouetté par son maitre, s’il refuse tout sentiment de pitié pour les galériens, alors il s’adapte : c’est un renoncement, une trahison … comme nous en commettons tous. Admettez que ces interrogations sont très contemporaines.

Que faire? Voir le monde couleur de rose et ne nécessitant nulle intervention ? Ou, au contraire, entendre ce monde appeler au secours et chercher à rétablir la justice, à soulager les malheureux?

Et nous ? Chevaliers de rien du tout, mais théoriquement illuminés. Quels combats osons-nous engager ? comment réfrénons-nous cette envie impérieuse.°. de dire « c’était mieux avant » ? Comment gérons-nous les horreurs qu’on nous assènent chaque jour, pourtant moindres que celles des siècles passés ?

Le 3ème ordre nous amène vers une réflexion sur l’engagement et sur sa nature.

Le récit historique apporte une répons, étonnante, choquante pour certains d’entre nous :

N’ayant point, mes FF.°.\, la possibilité de réédifier l’Ancien Temple avec des matériaux terrestres, que ce soit du moins avec des matériaux mystiques qu’il soit placé au milieu de votre cœur.

Le terme « mystique » détonne au rite français. Il ouvre un chemin clairement plus orienté sur l’esprit que sur l’action, et même plus spirituel que philosophique, laissant à entrevoir que la suite pourrait bien être surprenante !

3. La résolution de  nos dualités internes

Don Quichotte et Sancho, sont certes 2 personnages différents, mais ils symbolisent nos dualités intérieures, nos luttes internes, nos ambivalences.

Sancho tient à son gros corps, il est un peu douillet, un peu menteur, un peu tricheur, un peu roublard. Sancho est illettré, à peine sait-il, et encore vaguement, signer son nom. Ce qui signifie qu’il n’a aucune connaissance dans le domaine intellectuel et moins encore littéraire. D’où parfois sa crédulité naïve. Néanmoins, il a non seulement du bon sens, mais également de l’esprit, de l’intelligence et, peu à peu, se dessine un caractère plus profond qu’on ne le croyait.
Sancho va aimer de plus en plus son maître mais aussi le juger.
De la confiance la plus absolue, il passe au scepticisme. Il lui suffit d’écouter le témoignage de ses côtes endolories pour être sûr que les prouesses de son maître ne sont pas des succès.

À la fin du roman, de son côté Don Quichotte, d’abord caché sous la caricature, finit par triompher d’elle. Elle ne s’efface pas tout à fait mais, à travers elle, apparaît une dignité héroïque, un visage si grave et si beau qu’on se prend de respect et de tendresse pour lui.

Don Quichotte et Sancho, tandis qu’ils avancent au trot de leurs invraisemblables montures, ne vont pas cesser de deviser. Ce seront leurs savoureux entretiens, qui doublent la narration du contrepoint de leurs réactions et sentiments. Leur antagonisme apparent se mue progressivement en une harmonie subtile. Vient le moment où, comme malgré eux, ils en arriveront à se contaminer l’un l’autre.

On assiste à la lente métamorphose de l’un et de l’autre: le maître apprend l’exigence du réel, il se dépouille progressivement de son excès d’illusion. L’écuyer affine et personnalise son raisonnement, découvre son potentiel mais aussi ses limites. Il apprennent l’un de l’autre, ils apprennent de leurs aventures communes, ils apprennent du voyage et tous les deux grandissent : l’esprit et le corps se rapprochent, la dimension éthique admet les contraintes du réel, au point que le chevalier et l’écuyer, l’homme et son double, se rejoignent dans une sagesse et une amitié communes, bien loin de leur point de départ.

Le voyage est l’instrument de leur métamorphose: ce sont ses étapes, ses aventures, ses rencontres, ses épreuves, ses conversations interminables qui, chemin faisant, modèlent peu à peu la sagesse des deux héros.
Bien sûr, il serait tentant de parler de voyage initiatique, mais je ne voudrais pas tomber dans les errances reprochées aux exégètes: parlons simplement d’un aventure humaine, tellement profondément humaine qu’elle devient intemporelle, échappe à son auteur et offre à chaque lecteur matière à sa réflexion sur l’homme, à sa réflexion sur la vie.

Comme franc-maçons, de grade en grade, d’ordre en ordre, c’est bien ce chemin laborieux vers l’unité que nous suivons, avec plus ou moins de succès.
Malheureusement – ou heureusement -, chaque porte ouverte découvre une nouvelle porte fermée. Équilibre et déséquilibre, harmonie et chaos continuent de se succéder.

Nous avons coutume de dire que l’important, c’est le chemin, pas l’arrivée. Cervantès nous en donne la mesure avec les 126 chapitres de son ouvrage !

C’était mieux avant, Michel Serres

Un monde de moins en moins violent, Stephan PInker, qui a écrit la part d’ange en nous

La progression du Maçon après la maîtrise,

Jean Perréal, gravure pour Les quatre fils d’Aymon, Jean de Vingle imprimeur (Lyon 1497)

Dans le temple de Salomon celui qui est Maître a atteint le grade le plus qualifié. C’est lui qui désormais est en charge de la formation des apprentis et des Compagnons. Sur le chantier, il distribue les tâches que chacun est en mesure de réaliser. Il transmet son savoir par ses conseils et par son exemple.

Peut-il évoluer encore ? Ou bien est-il le Maître dont l’accomplissement est absolu?

Dans nos Loges bleues, l ‘exaltation à la Maîtrise fait du compagnon un Maître accompli. Il a la plénitude des droits pour le fonctionnement de la loge et les années passant il pourra tenir tous les plateaux.

Alors, la Maîtrise est-elle  un aboutissement ?

Pourquoi créer des ordres de perfectionnement ?

Le M :. apparaît donc avec la mort d’Hiram. Reprenons cette histoire.

Le soir venu, Hiram était donc venu seul sur le chantier. Tout dans sa personne inspirait la force et la sagesse acquises. La beauté en résultait mais pourtant il ne travaillait pas moins que les autres

Et pourtant , dans ce temple presque achevé, mais qui n’était plus baigné par la lumière du jour, Hiram se retrouve en présence de 3 compagnons qu’ils savaient ne pas avoir la probité et le courage requis pour devenir Maître. Ces 3 C :. n’ambitionnent que le pouvoir sans en avoir acquis les vertus et la sagesse.

En fait, symboliquement, ces 3 compagnons l’avaient  accompagné toute sa vie, il les connaissaient très bien pour les avait combattus dans le secret de son âme.  Avec ténacité et vigilance, il avait freiné leur ardeur et pensait bien sinon les avoir neutraliser, les tenir désormais à distance.

Mais l’ignorance, le fanatisme, l’orgueil et l’ambition peuvent toujours réapparaître, même dans les moments les plus sereins, lorsque l’on croit être parvenu au but que l’on s’était fixé.

Dans le rituel d’exaltation à la maîtrise ce sont les trois officiers qui dirigent la Loge, second et premier surveillant puis le V :. M :. qui jouent le rôle des 3 mauvais compagnons .

Malgré leur fonction, leur sagesse et leur responsabilité, ils utilisent les outils dans leur sens négatif, rappelant ainsi que quelque soit le niveau de développement intérieur et la sagesse atteinte, le Franc-Maçon est toujours entre le blanc et le noir, en équilibre sur la ligne qu’il choisit être la bonne.

De façon plus extérieure, ceci peut également signifier que ce sont souvent ceux qui détiennent le pouvoir qui sont le plus à même de le détourner, , détruisant ainsi ce qu’ils ont mission de construire.

A ce sujet, il me semble intéressant de considérer le contexte historique dans lequel les ordres de Sagesse ont été créés.

Lorsqu’en 1723 apparaissent en Angleterre les constitutions d’Anderson, l’espace du Temple ne propose pas d’emblème religieux, le culte est évacué au profit du rite.  dans un pays qui souffrait depuis longtemps des oppositions religieuses, ceci était essentiel pour retrouver une cohésion sociale.

La France est une monarchie catholique. La société française est divisée en ordres, clergé, noblesse et tiers états. Ces classes sont pratiquement hermétiques et l’évolution sociale est très encadrée.

L’éducation des élites est en grande partie confiée aux jésuites dont le système éducatif est basé sur l’imitation et qui modélisent les esprits.

Les inégalités sociales sont amplifiées par l’absence d’une justice unifiée. La justice s’exerce au travers de multiples juridiction et d’innombrables coutumes.

Dans ce contexte, la Franc-maçonnerie apparaît comme un lieu de sociabilisation où les trois ordres sont représentés.

En 1773 la première Grande Loge de France, créée en 1738, devient le GODF. En 1781 commence le travail de rédaction des grades avec l’intervention notamment du F :. Rottiers de Montaleau.

Travaillant sur une base confessionnelle, il s’agit, par les rituels de rassembler les maçons autour de valeurs. Il faut mobiliser les consciences.

En 1782 est crée la chambre des grades qui décide toujours grâce à Rottiers de Montaleau de ne pas créer de nouveau grade mais de les réorganiser.

Dans cette période révolutionnaire, même si la Franc-maçonnerie n’a pas directement influé sur les évènements, il est permis de penser que les ordres français constituent un lieu de transformation des mentalités.

Il s’agit d’éradiquer les rancœurs, conséquences du scandale des inégalités et de se libérer du pouvoir des clercs sur les consciences.

Mais pour cela, il faut également repenser les appareils d’état et notamment la justice. Le premier ordre en propose des structures dés 1782.  C’est en 1791 que le premier code pénal de la révolution sera adopté.

Revenons à la mort d’Hiram :

Avec la mort d’Hiram et la disparition de l’architecte, la parole est perdue, c’est à dire que les plans qui devaient permettre l’édification Temple sont inutilisables.

Car la parole n’est pas réellement perdue, elle est devenue intransmissible puisqu’il faut que 3 Maîtres la connaissent pour qu’une Loge soit opérative.

La parole devenue intransmissible, les travaux du temple sont interrompus.

La découverte du corps d’Hiram et relèvement du M :. permettront de reprendre sa construction avec des mots substitués. « Mac Benah, la chair quitte les os ».

Dans la France du XVIII siècle, que peuvent signifier ces mots substitués.

Ce pourrait être, la substitution de la parole venue d’en haut, de la parole divine par une parole plus humaine « de chair et d’os » ?

Par extension, ce pourrait être la substitution d’une monarchie de droit divin par un état régi par des lois plutôt que par des coutumes ou des ordres ?

Nous avons évoqué précédemment, la nécessité d’organiser  la justice à partir d’une réflexion juste, pesant le bien et le mal avec l’éclairage d’un morale humaine, rompant ainsi avec la loi du Tallion et avec l’arbitraire.

Le peuple des maçons peut réclamer « vengeance » mais c’est désormais l’état qui devient le défenseur et le protecteur de la victime en reconnaissant  «  qu’un crime ne peut rester impuni » mais que «  sans pouvoir légitime, la vengeance devient criminelle »

Le plus important dans cette démarche intellectuelle et sociale, c’est la reconnaissance de la personne et de sa responsabilité. L’individu ne fait plus uniquement partie d’un corps social qui lui assigne un rôle, des responsabilités ou au contraire une immunité, il est devenu une personne, un citoyen. On peut faire appel à sa pensée, à son raisonnement car désormais on reconnaît que «  la conscience est un juge inflexible »

La conscience est placée au niveau de l’homme et non plus au dessus de lui, en justice divine.

C’est ainsi que le M :. devient Joaben, celui qui poursuit les 3 mauvais C :. afin que la justice soit rendue. Après avoir été symboliquement sacrifié lors de l’exaltation à la maîtrise, il devient le bras de la justice, lui-même sacrificateur.

Il poursuit ainsi ses mauvaises passions, réapparues à un moment inattendu et à l’origine de la mort d’Hiram, à l’origine de sa propre mort.

Guidé par le messager et le chien, il part les mains nues et pénètre dans la caverne où Abibalc s’est réfugié.

Voyant dans Joaben, celui qu’il aurait pu être, Abibalc se donne la mort à l’aide d’un poignard.

Joaben ressort de la caverne armé du poignard ensanglanté.

C’est la seconde fois que le Maçon pénètre dans une caverne. La première fois, ce fut lors de son initiation où l’injonction VITRIOL l’invitait à chercher au plus profond de lui-même, l’invitait à dresser un bilan avant de renaître à autre chose. Le cabinet de réflexion était riche de symboles physiques,temporels ou hermétiques propres à l’aider dans sa démarche. Il évoquait la mort tout en étant plein de vie et de promesse ( le crâne, le blé, le coq)

Au contraire Joaben, lui, pénètre dans un lieu stérile où ne peut se trouver que des choses négatives, rien n’évoque l’humain. Seule une petite lampe, donne un espoir.

Joaben a été aidé avant de pénétrer dans la grotte, un autre soutien lui sera accordé à sa sortie sous la forme d’une fontaine désaltérante.

Mais il est seul dans cette caverne ; Il est seul en face de son ignorance et de ses faiblesses.

Il n’a désormais plus de choix, il doit dominer ses penchants négatifs ou y succomber.

 Abibalc le mauvais C :. est lui, déjà perdu. Il n’a pas réussi à vaincre la détermination d’Hiram à protéger le secret des M :. Il doit donc mourir. Sa conscience le lui ordonne.

« Vaincre ou mourir » seront ainsi brodés sur l’écharpe de l’Elu.

C’est ainsi la troisième fois que le Maçon est confronté à une mort  symbolique.

La première fois fut lors de son initiation, la seconde lors de l’exaltation à la maîtrise.

Lors de l’initiation, la mort à la vie profane est une promesse de renaissance à autre chose, une promesse de découverte. Les symboles du cabinet de réflexion sont là pour l’aider. Tous ses F :. sont là pour l’accueillir et l’accompagner dans sa progression.

La mort du M :. est une réflexion sur lui-même. Isolé sous le linceul noir. Il mime une mort physique. Il comprend que cet état de décomposition prochaine est celui de son esprit englué dans les illusions, les préjugés, les fausses valorisations et les fausses motivations. Il peut réfléchir à la juste voie que le M :. est désormais à même de discerner car il sait que ses outils de bâtisseur peuvent aussi être utiliser de façon négative. Il connaît l’envers des choses.

Rien ne doit échapper à sa vigilance, rien ne doit échapper à sa conscience.

A-t-il bien utiliser ses outils de maçons ? Se connaît-il bien grâce au fil à plomb ? L’équerre et le compas lui ont-ils permis de progresser dans la juste voie ? A-t-il éliminé en lui tout ce qui pourrait l’empêcher d’atteindre sa vérité ?

Eh bien, la réponse est NON, puisque justement les mauvais C :. sont apparus.

Mais, comme pour s’accaparer de sa force et de ses qualités, le nouveau M :. a enjambé le corps inanimé d’Hiram. Si le temple est obscur l’espoir n’en n’est pas absent. Il est symbolisé par la faible lumière qui l’éclaire  mais également  par la blancheur du tablier de C :.qui recouvre la tête du futur M :. protègeant et vivifiant son esprit.

« La chair quitte les os » certes, mais la découverte de l’acacia était l’indice de la possibilité d’une vie bien supérieure à sa propre individualité. Même s’il meurt à son état physique  le nouveau M :. est relevé par les 3 lumières de la Loge et par les 5 points de la maîtrise qui lui rappellent que l’union fait la force, et l’inscrivent dans la chaîne de l’humanité.

A l’inverse, Joaben se retrouve seul. 9 M :. sont pourtant partis à la poursuite des mauvais C :.mais seul Joaben aperçoit le chien de l’inconnu et le suit.

C’est la première fois qu’une action solitaire du Franc-Maçon est évoquée.

Au cours de sa progression, il a reçu l’aide et les directives de ses F :. Maintenant qu’Hiram est mort, il est devenu lui-même le Maître, il est seul. Mais Le maître de quoi ?

Il a reçu le signe de la providence lui montrant qu’il pouvait poursuivre ses fausses idées, qu’il en était capable, mais qu’il avait toujours le choix de vaincre et de choisir la juste voie ou de succomber à la paresse, à l’orgueil, à l’envie et à la torture de l’insatisfaction.

Il sait désormais que « les ennemis extérieurs n’ont d’écho que si l’on a pas vaincu ses vices et ses passions qui correspondent aux ennemis intérieurs ».

La « chair quitte les os » Le M :.a-t-il atteint un état de spiritualité ? La Sagesse ?

Joaben est désormais armé d’un poignard. Ce sera l’arme de l’Élu.

Si le M :. est mort à la tombée du jour, Joaben part pour la vengeance ou la justice lorsque brille l’étoile du matin.

Dans ces temps révolutionnaires, est-ce la marque d’un nouveau jour ? Le temps des ténèbres et des inégalités est révolu, vient celui de la justice.

Il ne s’agit pas simplement de la justice rendue équitablement par l’état, car Abibalc s’est suicidé. Il n’y a donc pas eu de jugement, pas de sentence établissant une juste punition.

Socialement, un homme nouveau est né, responsable de ses actes car éveillé à sa propre conscience.

Au 3ème degré, le M :. meurt car il n’a pas terminé complètement son travail. Des vices, des passions et l’ignorance restent tapis en lui.

Il doit continuer à les poursuivre, c’est ce que lui impose le 1er ordre .

Ces vers de Pythagore résument les devoirs de l’Elu

Pratique la justice en actes et en paroles.

Ne t’accoutume point à te comporter dans la moindre des choses sans réfléchir

Mais souviens-toi que tous les hommes sont destinés à mourir

Et parviens à savoir tant acquérir que perdre les biens de la fortune.

Sagesse, Force et Beauté soutiennent le Temple, le 4ème pilier est le M :. désormais armé pour poursuivre son chemin et « vaincre ou  mourir ».

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Je souhaite partager avec vous ce soir le fruit de mon imagination et de mes réflexions sur un passage du rituel de la réception au grade d’Elu.

Hiram a été abattu. Sa mort et la recherche de la parole perdue caractérisent le rituel d’élévation à la maitrise.

Depuis, les trois compagnons sont en fuite. Où se cacher ? Où se poser loin des regards ? Loin des autres ?

Une caverne.

Comment  j’imagine une caverne ?

Est elle froide et sombre, grande à s’y perdre, remplie d’échos, de bruits d’eau ? Ou bien silencieuse, petite, d’un noir enveloppant ?

Abibalc, seul peut me le dire.

« Moi, Abibalc, j’ai tué le Maître, avec la complicité de mes compagnons.

Je suis sûrement suivi et pris en chasse. : je cherche où me cacher »

 Au milieu des rochers, dans les entrailles de la montagne,

je pense à la caverne comme  ABRI ; aucun homme ne peut voir à l’intérieur . Le protégé est isolé du monde  et de son jugement.

 A l’instar des hommes préhistoriques, l’homme Abibalc revient à sa mémoire ancestrale et cherche un endroit sec, pour se retirer et s’abriter.

J’ imagine bien des graffiti  sur les parois, des scènes de vie ou de magie. Le lieu est chargé de l’énergie de la terre dont étaient proches les peuples du Paléolithique. J’entends de loin la voix cristalline de la source proche.

Abibalc est fatigué et les parois de roche forment un cocon enveloppant  qui invite au repos. Il s’allonge en ramenant ses genoux sur la poitrine.

L’homme, en position fœtale, revient à sa mémoire prénatale, la caverne se transforme en  UTERUS  Le fœtus est au chaud, il est nourrit et sa seule occupation est de se former, de se développer et grandir, avant le choc de la venue au monde.

Selon E.A. Kasper et les philosophes Junguiens, « le retour à la caverne est un événement ancestral », une vraie sécurité. Il représente en termes psychologiques, revenir à l’utérus, nier la naissance, descendre dans l’ombre et dans le monde obscur de l’inconscient. Ce retour signifie renoncer à la vie terrestre pour accéder à la vie supérieure de qui n’est pas né ».

Alors Dante me vient à l’esprit, ainsi que Orphée .

Dans la caverne le temps n’existe pas ; il n’y a pas hier ni demain, ni jour ni nuit. Selon Mircea Eliade cet isolement est semblable à l’état de la larve.

Comme la nature nous l’enseigne, c’est seulement dans un milieu impénétrable et  stable que la transformation peut avoir lieu.

L’homme est de retour  à la matrice.

Si pour les Chinois les Dieux viennent sur terre en passant par une grotte, selon les Indiens d’Amérique, les hommes naissent  embryions « mûris » dans les entrailles de la terre, vue comme la déesse mère. La caverne est-elle un lieu de rencontre entre l’homme et la divinité ?

 Je me demande néanmoins si ce milieu clos garde Abibalc prisonnier en attendant de sa part une transformation ?

 Je  me rappelle le mythe de la caverne selon Platon. Le philosophe imagine les hommes emprisonnés dans une caverne par les Dieux, dès leur enfance.

Les hommes ne peuvent voir que les ombres de la réalité externe projetées sur les parois. Ils n’ont le droit d’accès qu’au monde sensible de l’apparence et leur âme doit s’élever pour contempler le monde des réalités.

J’ai  retrouvé ce même principe sur lequel  je me suis longtemps interrogée , dans le film Matrix.

« La Matrice est universelle. Elle est omniprésente. Elle est avec nous ici, en ce moment même. Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre, ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa présence, quand tu pars au travail, quand tu vas à l’église, ou quand tu paies tes factures. Elle est le monde, qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité ».

Abibalc, comme le Neo de la saga, est il appelé au réveil ?

Je l’imagine se retourner, sans trouver le sommeil, en proie à la culpabilité et au remords.`

-Ma réalité se transforme. C’est le moment de la réflexion, de la recherche des raisons qui m’ont conduit à l’excès.

La caverne  devient le CABINET DE REFLEXION.

Elle est le lieu d’un passage, d’une épreuve, dans le chemin vers la vérité.  L’allégorie de la caverne présente alors, de manière imagée l’ascension philosophique vers les Idées et vers l’unité. La philosophie est avant tout une éducation : e-ducere, en latin, c’est « sortir hors de », s’élever hors de la caverne de son ignorance et de sa dépendance. Elle est quête d’autonomie intellectuelle. Elle exige d’apprendre à penser par soi-même, à trouver soi-même les réponses aux questions fondamentales qui se posent à travers son existence.

-Je me prépare donc  à l’éveil ou peut être au sommeil éternel ?-

A l’extérieur, les poursuivants  des assassins, guidés par l’Inconnu, se dirigent vers l’entrée de la caverne.

On sait qu’il y a une pente de 9 degrés pour y arriver et qu’elle est située dans un lieu appelé « Joppa » ou lieu stérile.

Facile d’imaginer un trou béant  au milieu des rochers, vers lequel se dirige le chien de l’inconnu.

Moi, Johaben, le chef des neufs chargés de  venger le meurtre, j’ai accepté la mission d’agir contre mes convictions, l’action de vaincre ou mourir. Je me dirige vers l’obscurité de la grotte.-

Mais une  lumière éclaire la caverne  et cela est nécessaire et indispensable pour qu’une vision ait lieu.

Je vois Johaben et Abibalc croiser leurs regards.

Le moment est suspendu, le temps s’arrête, non, mieux, il fait un retour en arrière pour revenir au moment présent, dans une sorte de spirale temporelle, qui descend aux origines pour remonter vers l’avenir.

Comme dans la saga « Harry Potter », le héros prend conscience de sa capacité d’action, en se retrouvant en face de lui même, après avoir remonté le temps.

La caverne devient pour moi le  PORTAIL DU TEMPS.

Johaben est  pendant un instant infini, Abibalc.   

La rencontre des opposés devient le catalyseur de la transformation, la caverne l’ATHANOR , et la mort ,l’ingrédient ultime pour sublimer l’alchimie.

Abibalc, ou « l’assassin du père » a déjà tué Hiram…

Tuer  le Père est une phrase souvent utilisée pour illustrer le passage à l’âge adulte, la rupture avec l’autorité et les interdits représentés par le rôle du père.  Comme Luke, dans « Star Wars » doit achever Anakin, son père, pour accéder aux degrés supérieurs de l’art Jedi, Abibalc veut repartir libre de jugement,  créer ses valeurs, se construire selon ses propres choix  , devenir grand, prendre la place du père .

Johaben doit tuer à son tour et il doit faire face à l’incompréhension rationnelle de ce qu’on lui réclame. Il se questionne sur la nécessité de justice et la gravité de l’impunité. Il découvre que, seule une conscience légitime peut le libérer de lui-même.

Dans la caverne un bras armé tue le tueur.

Moi/Abibalc/Johaben  sommes passés à l’action et le voile des apparences se dissipe.

La conscience de l’acte et sa nécessité portent à l’accomplissement de la transformation. Le traître est  devenu, à travers la mort, vengeur, sauveur, juste. Johaben prend conscience de sa bipolarité, de l’unité des contraires.

JE suis la caverne.